I.A artiste ?

Week-end du 14 mai. Fin fond de la Normandie. Invitée à un enterrement de vie de jeune fille. Dans un gîte.

A une heure de la nuit où l’on est trop fatigué pour être bête et qu’il ne nous reste plus qu’à réfléchir ou à nous coucher. Lorsque les bouteilles ne sont plus que des cadavres, que les assiettes sont vides et que les bonbons rendent leur dernier souffle, un  ingénieur m’interroge : “Les artistes sont actuellement les derniers à pouvoir être remplacés par les intelligences artificielles (I.A). Comment le vivrais-tu si demain une I.A te remplaçait?”

Une question fort riche qu’il aurait mieux fallu poser à un philosophe qu’à une artiste entrain de faire la peau aux derniers bonbons. J’avale un dragibus puis je me lance. Avant de savoir si une intelligence artificielle peut créer des œuvres d’art et remplacer un artiste, il faut redéfinir ces différentes notions. Mais depuis Platon on s’interroge toujours et déjà les autres nous attendent pour jouer. Il faudra être rapide malgré tout ce qui me traverse l’esprit. Alors spontanément je réponds que je crois en sa capacité à produire des objets d’artisanat d’art mais mon amour propre d’être humain me persuade que je suis irremplaçable. Après que nous ayons chacun avancé divers arguments mon compagnon de bavardages rappelle que l’I.A est avant tout programmée par un humain et que c’était nous qui leur enseignions un mode de pensée. La conversation s’est arrêtée là. La conversation seulement car c’est ici que tout a commencé pour moi.

Il faut donc un artiste qui entre dans le processus de programmation de l’I.A. Et que ce passerait-il en les faisant interagir ? L’un prendrait-il le dessus ? Qui serait l’artiste en fin de compte ? Celui à l’origine de l’acte de création d’une I.A artiste ou l’I.A qui produirait des objets apparemment artistique ? Il y a des dizaines de questions qui me traversent l’esprit alors que j’écris ces lignes. Et pour chaque question je peux déjà émettre des dizaines d’hypothèses qui entraînent à leur tours de nouvelles questions comme dans un cercle vicieux. Pour avoir un semblant de réponse, un début de piste, pour savoir comment je le vivrais il n’y a qu’un seul moyen : quitter le domaine de la science fiction pour vivre l’expérience.

La question n’est pas scientifique car l’histoire nous a montré que rien est impossible, tout n’est qu’une question de temps. Non la question est beaucoup plus large que ça. Elle est d’ordre sociologique, psychologique, morale peut-être. Elle interroge à nouveau la notion d’oeuvre d’art et la place de l’artiste dans la société. Mais elle est aussi d’ordre intime : comment un individu en particulier accepterait de voir son existence même remise en cause ?

Tags:
, ,
2 Comments
  • Henri Loriers
    Posted at 15:17h, 20 mai Répondre

    Une imprimante 3D commandée par un système intelligent est capable de faire des choses remarquables. Si tu ne l’a pas déjà vue, va voir l’exposition CONVERGENCE
    au Centre Pompidou sur le concept de “DNA” Design, Nature, Art de Ross Lovegrove.
    Pour aller plus loin, il me semble que le problème est d’expliquer à un système expert
    par exemple, qu’on lui demande de faire quelque chose de “beau”…

Post A Comment