Le souffle d’Icare

Ma rencontre avec Icare.

Iccare, Matisse
Matisse, Icare.

Pour autant que je me souvienne, ma rencontre avec Icare a eu lieu au lycée en classe de terminale. Je ne dis pas que je n’avais jamais entendu parler d’Icare avant. Loin de là. Je parle d’une véritable rencontre. Et le médiateur de cette rencontre fut Matisse.

Une première apparition dans mon dossier présenté au bac. Encore une fois c’est chez Matisse que je cherchais l’inspiration. A l’époque le thème était le corps. Je faisais beaucoup de danse et m’intéressais fortement à l’art du mime. Lorsque j’ai découvert le Icare de Matisse, ce fut une révélation et je me suis mise en scène en m’en inspirant.

Puis il s’est envolé.

De la sirène à Icare, il y en a toujours un pour tomber du ciel.

La sirène.

En fac je m’intéresse plutôt à la figure de la sirène, mi femme – mi oiseau, mi femme – mi poisson, lien entre la mer, la terre, le ciel. A leur tour, elles ont pris le large.

L’ange déchu.

Après la fac et la sirène les Beaux-Arts et la figure de l’ange déchu. Tombé sur terre après avoir perdu ses ailes il reste déchu, tandis qu’elles deviennent papillon de nuit.

Dans les montagnes d’Espagne.

Icare
Icare. Photogravure.

C’est en Espagne, après mes études, alors que je suis en résidence, que je me retrouve avec Icare. Il est alors dans une chute sans fin et tournoie comme un oiseau privé de ses ailes, tantôt face au soleil, tantôt face à la mer.

Mais je n’ai pas réalisé. Il me faudra encore deux ans pour comprendre. Et en écrivant ces lignes je réalise qu’il surgissait à l’horizon tous les deux ans sans que je ne parvienne à le saisir, jusqu’à ce que je n’amortisse sa chute il y a 2 ans.

Sans sens, le corps en mouvement.

Le souffle comme mouvement.

Et voilà, la Salpêtrière. Une expo « sans sens, le corps en mouvement ».  Sans sens parce que nos travaux seraient dans des cerceaux pour tourner en tous sens. Comme mouvement, j’ai spontanément pensé à celui, imperceptible, de la vie : la respiration. Et puis, la respiration c’est le souffle. Le souffle c’est l’air. Finalement, l’air c’est Icare. Pourquoi ? comme ça. Spontanément.

Alors je suis allée retrouver Icare.

Les plumes d’Icare.

Puis, deux ans après l’avoir retrouvé au cours d’une expo où je voulais parler de respiration, voilà qu’ICare refait son apparition pour une expo nommée “de l’air”.

Je ne me souviens plus trop comment m’est venu l’idée des plumes. Le titre de l’expo, c’était textuel. J’étouffais, j’avais besoin d’air, qu’on me foute la paix.

L’idée était de travailler un peu comme pour l’installation pluie. L’impression sur coquillages. Icare tombe à l’eau puis échoue sur la plage. Il y perd des plumes. Elles sont ainsi fossilisées dans des coquillages.

Icare. Plumes d'Icare dans des coquillages fossiles.
Plume d’Icare. Gravure sur gomme imprimées sur coquillages

Et maintenant.

Dorénavant je ne le quitte plus. Il n’est certes pas présent à toutes les expos mais je le regarde voler au loin, toujours prête à le rattraper.

Icare n’est pas un jeune capricieux et inconscient qui se casse la figure après avoir été désobéissant.
Il est celui qui a osé prendre son envol pour vivre son rêve de liberté et qui a cru tellement fort en son rêve qu’il en a oublié la réalité.
Icare est le symbole de la liberté, de l’évasion et du rêve.

Et d’ailleurs tous ces migrants qui hantent nos rues comme la une des journaux et magasines télévisées ne sont-ils pas tous des Icare privés de leurs ailes ?

Icare a les mêmes aspirations que nous tous sur cette terre :

  • Etre libre.
  • Réaliser son rêve.
  • Voler de ses propres ailes.

Alors pas question de le laisser mourir car avec lui disparaîtrait cette faculté de croire en l’impossible.

Pas question non plus de le laisser mourir, parce que c’est trop simple de se noyer dans ses rêves au lieu d’affronter la réalité, de se relever et de vivre.

Je ne peux pas  changer l’histoire, alors mon boulot en tant qu’artiste c’est de lui courir après à en perdre le souffle, de le repêcher, de le réanimer, de panser ses blessures puis de lui susurrer « essaie-encore ».

Première version de l’article : 28 juin 2018.

Liens externes :

  • Icare, planche VIII de la série Jazz, 1947, 65,5 x 42,5. Conservé au Musée national d’art moderne de Paris : https://www.mam.paris.fr/
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